Sarcophage, la tragédie de Michael Gurbayev sur Tchernobyl

Ce blog met en ligne la traduction française d’une pièce de théâtre écrite en russe et traduite en anglais. Cette pièce consacrée à la catastrophe de Tchernobyl vue du huis-clos de l’institut médical ukrainien spécialisé dans l’irradiation massive a été jouée en occident les années après sa sortie, et est ressortie en 2012 en Iran avec Manijeh Mohamed. 

J’ai repensé à cette pièce de théâtre que je m’étais procurée peu après Fukushima quand j’ai récemment lu cet article sur Bastamag : « C’est incroyable qu’on n’ait pas encore fondu un cœur de réacteur » : des techniciens EDF s’inquiètent.

https://www.bastamag.net/C-est-incroyable-qu-on-n-ait-pas-encore-fondu-un-coeur-de-reacteur-des

Je ne suis pas russophone, j’ai lu la traduction anglaise. Si je la traduis, c’est évidemment pour viser le lecteur français. Donnerons-nous dans le spectaculaire, comme Tchernobyl, ou au contraire, sommes-nous déjà en train d’infuser, de dégazer, par ci par là, façon Fukushima?

Ce qui se passe dans une centrale, c’est le théâtre du monde du travail, avec un dénouement deus ex machina.

La présentation de Sarcophagus qui suit est tirée de la préface de Mickael Glenny, le traducteur anglais de Sarcophagus. Michael Valentine Guybon Glenny (1927-1990) était maître de conférence en langue et littérature russe.

« Il y a une seule façon d’éviter que Tchernobyl se répète : dire la vérité à propos de ce qui est arrivé, faire une analyse la plus méticuleuse possible sur les causes de la tragédie – et ne pas laisser les coupables partir avec. » Rédacteur à la tête de la section scientifique du magazine russe Pravda, Vladimir Gurbayev a été le premier reporter présent sur les lieux après l’accident sur le réacteur n°4, envoyé par son rédacteur en chef pour couvrir les effets immédiats après l’explosion en avril et mai 1986. De là-bas, il a fait une série de reportages pour Pravda, qui a donné aux lecteurs le plus d’informations possibles connues à ce moment-là sur les causes de l’explosion et ses effets sur ceux qui se trouvaient sur les lieux. On lui a également demandé de rédiger un écrit plus long pour Znamya (The Banner), un mensuel littéraire appartenant au groupe de Pravda. Il a choisi le théâtre pour rendre compte des échanges qu’il avait eu avec les survivants destinés à une mort imminente à cause des radiations massives : il voulait leur donner la parole, une parole instantanée, directement retranscrite par les répliques, et que cette parole soit diffusée le plus largement possible. Il espérait également que des directeurs de théâtre remarqueraient cette pièce pour élargir le champ de réception de son témoignage. Sa pièce de théâtre est achevée en juillet 1986 et publiée en septembre.

D’un point de vue technique, les causes de l’accident ont été détaillées après la publication de cette pièce, le journaliste ne pouvait aller au-delà ce qu’il savait sur le moment. Ce qui importait, au-delà de toute polémique, c’était de mettre en chantier une réflexion, un dialogue sur la façon dont l’énergie nucléaire était gérée, et d’y convier tous les acteurs du nucléaire : les politiciens, les scientifiques, les techniciens, les administrations et enfin les civils. Il s’agissait alors de porter l’attention sur l’aspect humain à travers les réactions d’un petit groupe de personnes immédiatement affectées par l’accident nucléaire, sur un temps limité, et pour cela les règles classiques de la tragédie convenaient parfaitement : unité de lieu, d’action et de temps, mort hors scène. Le dialogue entre l’homme et le dieu qu’il s’est choisi, le dieu atomique, incarné par le réacteur, a pour toile de fond l’incurable hybris humain. Le sarcophage de Tchernobyl, comme le dit Bessmertny, sera le monument que nous laisserons à nos descendants, comme les Égyptiens nous ont laissé, il y a 5000 ans, les pyramides, tombeaux des pharaons.

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